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La Table de Beaumontcarnet de cuisine
Étal de légumes sur un marché de Touraine en septembre, cagettes de tomates, potimarrons et poireaux, clients de dos, lumière du matin

Accueil / Terroir français / Le marché de Loches en septembre

Chapitre II · Marchés

Le marché de Loches en septembre

En septembre, un étal de Touraine porte deux saisons : les dernières tomates, courgettes et poivrons de plein champ, et les premiers potimarrons, poireaux et choux. Le raisin remplace le melon, la pomme nouvelle arrive. Le marché de Loches, l'un des plus fournis de Touraine, montre cette bascule mieux qu'un calendrier.

11 min de lecture

Par Marc Lemoine · 29 août 2026

Les légumes de saison en septembre appartiennent à deux saisons à la fois : les derniers de l'été, tomate, courgette, poivron, aubergine, haricot vert, et les premiers de l'automne, potimarron, poireau, chou, betterave, épinard, carotte de garde. Côté fruits, le raisin, la figue, la prune et la pomme nouvelle prennent la place du melon et de la pêche.

Le marché de Loches, l'un des plus importants de Touraine d'après la ville de Loches, montre cette bascule d'un étal à l'autre. Cette page est documentaire : elle dit ce qui est vraiment de saison en septembre, ce qui vient de loin, ce qui glisse vers octobre, ce que le terroir tourangeau ajoute au panier et ce qui se cuisine avec. Les chiffres viennent des calendriers de saison, des bilans de campagne d'Agreste et des cahiers des charges, jamais d'une brochure.

Cagettes de tomates de plein champ à côté de potimarrons et de courges sur un étal, mains seules qui choisissent, jourBûches de fromage de chèvre cendrées sous une cloche grillagée sur un étal de marché, main du fromager de dos, jour

Comment on a testé

  1. Relecture du calendrier de saison de l'interprofession des fruits et légumes frais (Interfel, édition 2025) et du calendrier du programme Manger Bouger (Santé publique France)
  2. Lecture des notes de conjoncture Agreste 2025 pour la tomate, la pomme, le poireau, et de la statistique agricole annuelle 2024 pour le raisin de table
  3. Relecture des cahiers des charges des produits tourangeaux vendus sur ce marché : Sainte-Maure de Touraine AOP, rillettes de Tours IGP, géline de Touraine Label Rouge
  4. Vérification du jour de marché, du nombre de commerçants et de la candidature au titre de plus beau marché de France sur le site de la ville de Loches et les pages de TF1
  5. Fiches du CTIFL sur la conservation des courges, pour savoir quand un potimarron acheté en septembre est vraiment bon

Textes, calendriers et notes de conjoncture relus le 2 septembre 2026. Aucun prix relevé pour cette page et aucun tour d'étal chronométré : ce qui est écrit ici est ce que disent les organismes cités, à leur date. Aucun produit fourni par un commerçant, une marque ni une collectivité.

Ce qu'il faut regarder

Deux saisons sur le même étal

Septembre est le mois charnière du calendrier : les calendriers de saison d'Interfel et de Manger Bouger y classent à la fois la tomate, la courgette, le poivron et l'aubergine, encore en pleine récolte de plein champ, et le potimarron, le poireau, le chou, le brocoli, l'épinard, le fenouil, qui commencent. Un étal tourangeau porte les deux familles côte à côte pendant trois à quatre semaines, puis la première s'efface.

La tomate de septembre mérite une explication. Elle vient de plants qui ont poussé tout l'été dehors, sous un soleil qui décline et avec moins d'arrosage qu'en juillet : les fruits sont plus petits, la peau plus épaisse, la chair plus dense et moins aqueuse. C'est la tomate à sauce, celle qui réduit vite dans une casserole. À l'échelle nationale, la campagne 2025 de tomate pour le marché du frais s'est établie à 497 600 tonnes, en recul de 2 % sur 2024, avec un bassin Centre-Ouest en baisse de 6 % (Agreste, novembre 2025). Les producteurs de la région ont donc moins de tomates à vendre en fin de saison ; quand l'étal en montre encore des cagettes pleines et calibrées à la mi-septembre, demandez d'où elles viennent.

Le point qui compte : un légume de fin de saison n'est pas un légume fatigué. Une courgette de septembre, ramassée petite, a plus de goût qu'une courgette de juin gonflée d'eau, et le poivron rouge est un poivron vert qui a eu le temps de mûrir sur le plant.

Les légumes de septembre, un par un

Pour lire un étal sans calendrier dans la poche, voici les légumes de septembre rangés par usage :

  • Pour la fin de l'été, à cuisiner dans la semaine : tomate, courgette, aubergine, poivron, haricot vert, concombre, maïs doux, blette.
  • Pour l'automne qui commence, à rôtir ou à mijoter : potimarron, courge butternut, poireau, chou vert et chou-fleur, brocoli, betterave, céleri-rave, navet nouveau.
  • Pour tenir jusqu'en hiver : pomme de terre de conservation, oignon jaune, carotte de garde, ail sec.
  • Pour les salades et les feuilles : laitue, mâche des premiers semis, épinard, roquette, fenouil.

Le poireau appelle une précision. Celui de septembre est un poireau primeur, fin, vert clair, à cuire entier dix minutes et à servir en vinaigrette ; le gros poireau d'hiver, blanc et tenace, arrive en novembre. La campagne 2025-2026 de poireau français est attendue à 152 100 tonnes, en baisse de 12 000 tonnes sur la précédente (Agreste, 2026) : les premiers poireaux se paient donc un peu cher en septembre, et le prix descend avec les volumes d'octobre.

Le potimarron demande plus de patience qu'il n'en a l'air. Récolté fin août, il est bon tout de suite mais meilleur après un temps d'affinage au sec, le temps que la peau durcisse et que les sucres se concentrent, d'après les fiches du CTIFL sur la conservation des courges. Le même institut fixe sa conservation à 13 °C et 70 à 75 % d'humidité, et note que le taux de sucre reste stable jusqu'à fin novembre avant de chuter : un potimarron acheté en septembre se garde donc deux mois dans une pièce fraîche sans rien perdre. Deux signes sur l'étal : un pédoncule sec et liégeux, une peau mate sans tache molle. Un pédoncule vert et souple dit que la courge a été cueillie trop tôt.

Les fruits : le raisin remplace le melon

Le melon et la pêche finissent en septembre ; le raisin, la figue, la prune et la pomme nouvelle prennent leur place. Le raisin de table français est une petite production : 47 359 tonnes en 2024 sur 6 080 hectares, dont 70 % dans le Sud-Est (Agreste, statistique agricole annuelle 2024). Sur un marché de Touraine, le raisin de table vient donc presque toujours de loin, sauf quand un vigneron du coin apporte quelques cagettes de chasselas de sa treille : c'est rare, c'est à demander, et cela ne dure que trois semaines.

La pomme, elle, est à domicile. La campagne 2025 est estimée à 1,59 million de tonnes, en léger recul de 2 % sur 2024 mais 8 % au-dessus de la moyenne 2020-2024 (Agreste, novembre 2025). Les premières variétés de septembre, reine des reinettes et gala, ne se gardent pas : elles se mangent dans la quinzaine. Les pommes de garde, reinette grise du Canada et boskoop, se cueillent en octobre et se conservent jusqu'au printemps dans une cave fraîche. Les fruits de septembre tiennent en une liste courte :

  • Raisin de table, chasselas et muscat, jusqu'à fin octobre.
  • Figue fraîche, la seconde récolte, fragile, à manger le jour même.
  • Prune : reine-claude en fin de course, quetsche et mirabelle jusqu'à la mi-septembre.
  • Pomme et poire nouvelles, à consommer vite ; coing à partir de la fin du mois.
  • Mûre, dernière myrtille, première noix fraîche, première châtaigne à la toute fin du mois.

Ce que Loches ajoute au panier : chèvre, rillettes, géline

Le marché de Loches se tient deux matinées par semaine, le mercredi et le samedi, et rassemble entre 80 et 100 commerçants non sédentaires, ce qui en fait l'un des plus importants de Touraine (ville de Loches, 2026). La ville y cite comme produits emblématiques la géline de Touraine, le Sainte-Maure de Touraine AOP, les rillons et les rillettes de Tours. Trois de ces quatre produits ont un texte derrière eux, et ce texte se lit sur l'étal.

Le Sainte-Maure de Touraine est une bûche de chèvre au lait cru, appellation d'origine depuis 1990, reconnue AOP en 2009 (INAO). Son cahier des charges impose un affinage de dix jours au moins à 10 à 15 °C, et une paille de seigle traversante, gravée du nom du fromage et du numéro du producteur. La paille est la preuve : une bûche cendrée sans paille gravée est un fromage de chèvre de Touraine, pas un Sainte-Maure de Touraine. L'appellation produisait 1 720 tonnes en 2017, en hausse de 26,8 % sur 2010, première appellation caprine de France d'après le syndicat de l'appellation cité par Les Marchés, 2018. En septembre, les bûches viennent du lait d'été : plus sèches et plus affirmées que celles du printemps, elles se choisissent selon le goût, crémeuses à dix jours, cassantes à trois semaines.

Panier en osier sur une table en bois : poireaux primeurs, potimarron, raisin et blettes, lumière de fenêtre

Les rillettes de Tours portent une IGP depuis le 15 novembre 2013, règlement (UE) 1149/2013 : porc, cuisson à découvert de 5 h 30 à 12 h, texture effilochée à morceaux visibles et couleur caramel doré. Le rillon, ce cube de poitrine confit dans sa graisse, n'a pas de signe officiel ; il se juge à la couleur, brun caramel et non gris, et au gras qui doit être ferme. La géline de Touraine, poule noire à crête rouge, est sous Label Rouge depuis l'arrêté du 19 juillet 2001, avec cent vingt jours au moins chez l'éleveur : la page Reconnaître un vrai poulet fermier Label Rouge explique ce que ces jours changent sous la dent.

Ce qui glisse vers octobre

Ce qui commence en septembre s'installe en octobre. Les tomates, courgettes et poivrons de plein champ disparaissent avec les premières nuits fraîches, et les légumes d'octobre prennent toute la place : courges de toutes formes, potimarron, butternut, musquée, spaghetti ; poireau qui grossit ; choux frisé, rouge, de Bruxelles ; racines d'hiver, panais, topinambour, salsifis, céleri-rave ; première endive de forçage. Côté fruits, octobre garde le raisin et la pomme, ajoute le coing, la châtaigne et la noix sèche, perd la figue et la prune.

La règle pour des courses hebdomadaires : acheter en septembre ce qui finit, tomate, figue, dernier haricot vert, et attendre octobre pour ce qui commence, courge affinée, chou, gros poireau, meilleurs et moins chers. Le chapitre Terroir suit ce calendrier mois par mois.

Ce qui trompe sur un étal de septembre

Un marché de 80 à 100 commerçants mêle producteurs et revendeurs, et rien ne l'interdit. La différence se lit à trois indices :

  • L'étendue de l'étal : un maraîcher de Touraine vend en septembre ce que son champ donne, une vingtaine de légumes au plus ; quarante références calibrées, avec des agrumes et des avocats, signalent un revendeur.
  • La terre et la forme : des carottes non lavées, des tomates de calibres inégaux, des poireaux avec leurs racines disent le champ ; des cagettes standard et des légumes brillants disent la plateforme.
  • La réponse à une question : un producteur sait dans quelle commune poussent ses courges et le jour où il les a ramassées, et répond sans réfléchir.

L'Indre-et-Loire comptait 3 617 exploitations agricoles au recensement de 2020, et un cinquième des exploitations de la région Centre-Val de Loire vendaient en circuit court (Agreste, recensement agricole 2020). Le producteur au marché existe donc, il n'est simplement pas derrière chaque table. Ce qui trompe le plus : la mention « de pays » sur une ardoise, qui n'engage à rien, et la fraise de septembre, qui existe (variétés remontantes) mais vient rarement de près.

Quel plat en septembre : la cocotte revient

La cocotte ressort du placard en septembre, et l'étal donne l'ordre des plats. Première quinzaine : ratatouille de fin d'été, légumes cuits séparément puis réunis, servie tiède ; poireaux primeurs en vinaigrette ; tomates farcies à la chair à saucisse et aux rillons hachés. Seconde quinzaine : potimarron rôti en quartiers avec la peau, soupe de courge et de poireau, premier chou farci.

Le premier plat mijoté de l'année se prépare aussi maintenant : la recette du bœuf bourguignon mijoté à l'ancienne prend les carottes de garde et les oignons jaunes de l'étal, et le fond de veau maison se lance un dimanche avec les premiers poireaux et céleris. Une géline rôtie entourée de quartiers de potimarron et de pommes reinettes ferme le mois. Le reste des idées de saison vit dans le chapitre Recettes.

Les légumes de saison de septembre se lisent en deux colonnes sur un étal de Touraine : ce qui finit, tomate, courgette, poivron, figue, prune, à acheter maintenant et à cuisiner dans la semaine ; ce qui commence, potimarron, poireau, chou, pomme, raisin, à acheter pour tenir ou à attendre un peu. Le marché de Loches y ajoute trois produits à cahier des charges, Sainte-Maure de Touraine AOP, rillettes de Tours IGP, géline Label Rouge, et une paille gravée pour prouver le premier. Aucun produit fourni par une marque, aucun lien d'affiliation.

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