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La Table de Beaumontcarnet de cuisine
Clafoutis aux cerises noires sorti du four dans un plat en terre cuite, tenu avec un torchon de lin par des mains vues de dos, table en bois, lumière de fenêtre

Accueil / Recettes traditionnelles / 5 desserts

Chapitre I · Desserts

5 desserts d'enfance oubliés

Un dessert d'antan tient sur trois choses : du lait entier, un plat qui va au four, et le refus de faire bouillir ce qui doit seulement frémir. Le clafoutis ouvre cette page avec sa fiche complète ; le riz au lait, les œufs au lait, le far et les poires tapées suivent, chacun avec ses proportions d'origine.

6 personnes15 min de préparation45 min de cuisson

Par Marc Lemoine · 15 août 2026 · 12 min de lecture

Riz au lait remué à la cuillère en bois dans une casserole en fonte émaillée, gousse de vanille fendue, mains vues de dos, table en boisSix ramequins d'œufs au lait dans un plat à gratin rempli d'eau pour le bain-marie, main de dos qui en soulève un, lumière de fenêtre

Ingrédients

  • 500 g de cerises noires, non dénoyautées
  • 4 œufs
  • 125 g de sucre semoule
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • 80 g de farine
  • 80 g de beurre, dont 10 g pour le plat
  • 25 cl de lait entier
  • 1 pincée de sel
  • Matériel et temps
  • Plat en terre cuite ou en fonte émaillée de 26 cm, à bords bas
  • Four à 210 °C, chaleur tournante
  • Préparation 15 min, cuisson 45 min
  • Repos 15 min à la sortie du four avant de servir
  • Un fouet, un saladier, un torchon pour sortir le plat

Préparation

  1. Beurrer le plat, équeuter les cerises. Beurrez généreusement le plat avec 10 g de beurre et saupoudrez-le d'une cuillère de sucre. Lavez, équeutez et séchez les cerises, puis rangez-les dans le plat en une seule couche serrée. Laissez les noyaux.
  2. Fondre le beurre, préchauffer le four. Faites fondre les 70 g de beurre restants à feu doux et laissez-le tiédir. Préchauffez le four à 210 °C. Un four froid donne un clafoutis qui gonfle mal et retombe gris.
  3. Fouetter les œufs et le sucre, puis la farine. Dans un saladier, fouettez les œufs avec le sucre semoule, le sucre vanillé et le sel jusqu'à ce que le mélange blanchisse. Ajoutez la farine en pluie en fouettant, sans insister : une pâte trop travaillée devient élastique.
  4. Détendre au lait et au beurre. Versez le lait petit à petit, puis le beurre fondu tiède, en fouettant. La pâte doit être lisse et coulante, comme une pâte à crêpes épaisse. Versez-la sur les cerises : elles remontent en partie, c'est normal.
  5. Cuire 45 minutes, laisser reposer. Enfournez à 210 °C pour 45 minutes. Le dessus doit être doré et boursouflé, le centre ferme sous le doigt. Sortez le plat avec un torchon, laissez reposer un quart d'heure : le clafoutis retombe un peu et se tient à la coupe. Servez tiède, saupoudré de sucre.

Avant de commencer

Un dessert d'antan se fait avec ce qu'une cuisine de maison a toujours eu : du lait entier, des œufs, du sucre, un plat en terre et un four ordinaire. Cette page en reprend cinq, avec leurs proportions d'origine : le clafoutis en fiche complète, puis le riz au lait, les œufs au lait, le far breton et les poires tapées de Touraine.

Pourquoi ces cinq, et pas d'autres

Le mot « oublié » se vérifie au rayon frais : ces desserts existent encore, mais en pot de plastique, avec un épaississant à la place du temps. Le critère de choix tient en trois points. Le dessert doit être documenté par un texte de référence daté, pas par une légende de blog. Il doit se cuire dans un four et une casserole de maison, sans thermomètre ni robot. Et il doit venir d'un terroir précis, parce que ce carnet parle de cuisine de terroir, pas de cuisine de nulle part.

Le clafoutis vient du Limousin, le riz au lait et les œufs au lait sont écrits noir sur blanc par Auguste Escoffier, le far vient de Basse-Bretagne, et les poires tapées de Rivarennes, près d'Azay-le-Rideau. J'ai écarté le gâteau de semoule, qui n'a pas de terroir attribuable, et la tarte à la citrouille, dont aucun texte ancien ne fixe les proportions. Le pain perdu, lui, n'est pas oublié du tout.

Le clafoutis, avec les noyaux

Le nom est attesté en 1856 dans le Glossaire du centre de la France d'Hippolyte-François Jaubert, qui le décrit comme un gâteau de petites cerises noires « contenant autant de fruit que de pâte ». Le Larousse gastronomique le classe parmi les entremets rustiques du Limousin. Le mot vient de l'occitan clafir, remplir : le plat est rempli de cerises avant que la pâte ne les recouvre.

Les cerises gardent leur noyau. Ce n'est pas une coquetterie : une cerise dénoyautée rend son jus dans la pâte, qui devient rose et détrempée ; une cerise entière garde son jus pour elle, et le noyau chauffé donne un léger goût d'amande. Avec d'autres fruits, pommes, poires, prunes, le plat change de nom et devient une flognarde. Les proportions de la fiche ci-dessous sont celles des éditions Larousse : quatre œufs, 80 g de farine, 80 g de beurre, 125 g de sucre, 25 cl de lait pour 500 g de cerises noires, cuisson 45 minutes à 210 °C. Prévenez les convives des noyaux ; c'est la seule règle de service.

Le riz au lait d'Escoffier, sans remuer

Le riz au lait que vous mangiez enfant sortait souvent d'une casserole remuée pendant une heure. Escoffier fait plus court et plus précis. Dans Le Riz (1927), il donne pour un litre de lait bouilli : 300 g de riz, 150 g de sucre, 30 g de beurre et une prise de sel. Le riz bout d'abord deux à trois minutes dans un litre et demi d'eau, il est égoutté et rafraîchi, puis mis à cuire dans le lait avec le beurre et le sel. Le sucre arrive après dix minutes, jamais avant. Casserole couverte, l'ébullition continue « à petit feu encore 15 à 18 minutes, si possible à l'entrée du four », et le riz ne se remue pas.

Cette dernière consigne surprend, et elle change tout. Remuer casse les grains et libère l'amidon qui colle ; laisser tranquille garde des grains entiers dans un lait qui a épaissi seul. Prenez un riz rond et du lait entier ; un riz long reste sec, un lait demi-écrémé donne une bouillie. Une gousse de vanille fendue infusée dans le lait bouilli suffit comme parfum. Ce riz se sert tiède, dans le plat, ou froid le lendemain, plus ferme.

Les œufs au lait, sans caramel et sans trous

Les œufs au lait de ménage sont une crème renversée qui reste dans son plat, sans caramel ni démoulage. Escoffier, dans Le Guide culinaire (1903), donne pour la composition de crème renversée un litre de lait bouilli, 200 g de sucre, quatre œufs entiers et huit jaunes. La version de maison garde des œufs entiers, moins riche et plus ferme, mais la règle de cuisson est la même, et elle vaut la peine d'être citée mot pour mot : « Pocher au bain-marie, à four de chaleur modérée et en tenant l'ustensile couvert. À aucun moment du pochage l'eau du bain-marie ne doit bouillir. »

La raison, Escoffier la donne aussi : quand l'eau bout, l'air contenu dans la crème se dilate, forme des bulles, et la crème refroidie est criblée de petits trous. Le bain-marie n'est donc pas un raffinement, c'est ce qui empêche la crème de dépasser la température où l'œuf prend. Passez l'appareil au chinois avant de le verser, enlevez la mousse en surface, et laissez refroidir avant de servir. Une crème qui pleure de l'eau au fond du plat a bouilli.

Far breton aux pruneaux dans un plat en terre vernissée, une part coupée qui laisse voir les pruneaux, couteau et main vue de dos, table en bois de ferme, lumière du jour

Le far breton, une bouillie passée au four

Le mot far vient du latin, où il désigne le froment et le gruau ; farz forn, en breton, veut dire far au four. Au XVIIIe siècle, le far est une bouillie de blé noir salée, servie émiettée avec du lard, de la viande ou du poisson, cousine du kig ha farz. La version sucrée, à la farine de froment, aux œufs, au sucre et au beurre, apparaît au XIXe siècle. L'Inventaire du patrimoine culinaire de la France, volume Bretagne (CNAC, Albin Michel, 1994), range encore le far au chapitre des bouillies et des galettes, pas des gâteaux ; c'est la bonne façon de le comprendre. Les pruneaux venaient du Sud-Ouest par Bordeaux, embarqués par les marins bretons pour leur conservation.

Les proportions publiées par Morbihan Tourisme pour huit personnes : 250 g de farine de sarrasin (la même page autorise la farine de blé en remplacement ou en complément), 100 g de sucre, quatre œufs, un litre de lait, 100 g de beurre fondu, des pruneaux à volonté, cuisson 40 minutes à 200 °C après un repos de quatre heures de la pâte. Un far breton réussi est dense, à peine sucré, et se coupe froid en parts nettes. Deux erreurs le ruinent : le lait demi-écrémé, qui donne un flan mou, et le sucre doublé pour « faire dessert ». Les pruneaux se trempent d'abord dans de l'eau tiède ; le thé ou le rhum sont des ajouts récents, pas une obligation.

Les poires tapées de Rivarennes, le dessert d'antan de Touraine

À Rivarennes, en Indre-et-Loire, les poires se conservaient en les séchant au four puis en les aplatissant à la main ou à la platissoire, un outil en bois qui chasse l'air du fruit. D'après Jean-Mary Couderc, La Touraine insolite (1989), la production a culminé du milieu du XIXe siècle aux années 1930, où elle pouvait représenter jusqu'à 20 % du revenu de certaines fermes ; les négociants de Chinon et de Saumur les expédiaient jusqu'en Angleterre, et une poire tapée bien conservée se garde des années. Les variétés Curé et Colmar sont pochées, pelées, puis séchées trois jours sur des claies dans un four chauffé puis éteint, retournées régulièrement. Le savoir-faire a failli disparaître avec les conserves ; une association du village l'a relancé à la fin des années 1980.

Poires tapées séchées et aplaties sur une planche en bois, une main vue de dos qui en pose une dans un bol de vin rouge, bouteille sans étiquette, table en bois rustique, lumière de fenêtre

En dessert, la poire tapée se réhydrate dans du vin rouge de Chinon, celui-là même que je verse dans le bœuf bourguignon de ce chapitre. Le geste : couvrir les poires de vin dans une casserole, ajouter un peu de sucre et un bâton de cannelle, porter au frémissement, couvrir et laisser gonfler une heure à feu très doux, puis refroidir dans le jus. Elles se servent avec le vin réduit, ou avec un Sainte-Maure de Touraine si vous préférez les garder pour le fromage. Le chapitre Terroir revient sur les produits de ce coin de Loire.

Le lait, le plat et le four ordinaire

Ces cinq recettes partagent trois exigences. Le lait entier d'abord : le gras porte le goût et donne la tenue ; avec un lait écrémé, le riz sèche, le far tombe, la crème pleure. Le plat ensuite : la terre cuite et la fonte émaillée chauffent lentement et gardent la chaleur, ce qui évite le fond brûlé sous un dessus encore liquide ; le chapitre Ustensiles explique ce choix pour les cocottes, il vaut pour un plat à clafoutis. Le four enfin, un four ordinaire, réglé bas pour ce qui contient de l'œuf, plus haut pour ce qui contient de la farine.

Le gâteau de semoule manque à cette liste, et vous pouvez le refaire avec la même méthode qu'un riz au lait : Escoffier, dans le même Guide culinaire, cuit 250 g de semoule fine dans un litre de liquide, vingt minutes à feu doux, avant de lier aux œufs et de pocher au bain-marie. C'est un dessert d'enfance à part entière, mais sans terroir à lui ; le chapitre Techniques détaille ces cuissons douces au bain-marie.

Pourquoi ça marche

La pâte à clafoutis est une pâte à crêpes enrichie d'œufs, versée sur des fruits qui ne rendent pas leur jus tant que leur peau est entière. Au four, la farine gélifie et l'œuf coagule en même temps ; le premier donne la souplesse, le second la tenue. À 210 °C, la surface dore vite et fixe la forme avant que l'intérieur ne finisse de prendre, ce qui explique la boursouflure à la sortie et le léger affaissement au repos. Un four moins chaud donne un clafoutis plat et pâle, un four plus chaud une croûte brûlée sur un centre cru.

Le noyau joue deux rôles. Il retient le jus de la cerise, qui resterait sinon dans la pâte et la ferait rosir ; et il diffuse à la chaleur un léger parfum d'amande, ce qui explique le goût d'amande des clafoutis de grand-mère où personne n'ajoutait d'amandes. Les quatre autres desserts obéissent à la même logique que la crème renversée d'Escoffier : le lait et l'œuf doivent chauffer sans bouillir, parce qu'une ébullition dilate l'air, crée des trous et fait pleurer la crème. Le bain-marie pour les œufs au lait, la casserole couverte à petit feu pour le riz, le four réglé bas pour le far épais, tout revient à tenir la chaleur sous ce seuil.

Source : proportions du clafoutis d'après les éditions Larousse, recette « Clafoutis », consultée le 2 septembre 2026 ; riz au lait d'après Auguste Escoffier, Le Riz, 1927 ; composition et cuisson des crèmes renversées et semoule pour entremets d'après Auguste Escoffier, Le Guide culinaire, 1903 ; far d'après Morbihan Tourisme, recette du far breton, consultée le 2 septembre 2026, et l'Inventaire du patrimoine culinaire de la France, volume Bretagne, CNAC et Albin Michel, 1994 ; attestation du clafoutis d'après Hippolyte-François Jaubert, Glossaire du centre de la France, 1856 ; poires tapées d'après Jean-Mary Couderc, La Touraine insolite, 1989. Aucune de ces recettes n'a été refaite en cuisine pour cette page : les proportions sont celles des textes cités, pas les miennes.

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