Accueil / Recettes traditionnelles / Tarte aux
Chapitre I · DessertsTarte aux pommes pâte brisée maison
Reinettes du verger, pâte brisée maison en cinq minutes de mains, et une cuisson qui colore le fond avant les fruits. Trois gestes : détremper la pâte sans la travailler, la laisser reposer au frais, l'enfourner sur une plaque déjà chaude, tout en bas du four. Chacun de ces gestes a sa raison, expliquée plus bas.
Par Marc Lemoine · 26 juin 2026 · 12 min de lecture

Ingrédients
- 250 g de farine de blé T55, tamisée
- 125 g de beurre doux, sorti une heure avant
- 1 bonne pincée de sel fin
- 10 cl d'eau froide au plus, versée peu à peu
- 1 kg de reinettes (reine des reinettes, grise du Canada, du Mans ou boskoop), soit 5 à 6 pommes
- 60 g de sucre semoule, dont une cuillère pour la fin
- 20 g de beurre en petits morceaux pour les pommes
- 2 cuillères à soupe de chapelure fine ou de poudre d'amandes, facultatives
- 2 cuillères à soupe de confiture d'abricot, pour abricoter, facultatives
- Matériel et temps
- Moule à tarte en tôle de 26 à 28 cm, à fond amovible de préférence
- Plaque de four en métal, préchauffée avec le four
- Four à 200 °C, chaleur tournante, grille du bas
- Rouleau à pâtisserie, couteau d'office, économe
- Pâte : 5 min de mains, 30 min de repos au frais
- Préparation des pommes 15 min, cuisson 35 min, repos 15 min sur grille avant de démouler
Préparation
- Détremper la pâte sans la travailler. Tamisez la farine en couronne sur le plan de travail. Au milieu, le sel, le beurre assoupli à la main et la moitié de l'eau. Du bout des doigts, ramenez la farine vers le centre, en ajoutant l'eau cuillère par cuillère, jusqu'à ce que la pâte se rassemble ; il en restera. Pétrissez un instant, pas plus.
- Fraiser deux fois, laisser reposer. Poussez la pâte devant vous sous la paume, par portions de la taille d'un œuf, puis ramassez-la ; recommencez une fois. Formez une boule, aplatissez-la en galette, enfermez-la dans un torchon ou un film, et laissez-la 30 minutes au réfrigérateur. La pâte se détend, le beurre reprend.
- Foncer le moule, préchauffer four et plaque. Étalez la pâte sur 3 mm entre deux feuilles de papier cuisson ou sur le plan fariné, garnissez le moule beurré en appuyant bien dans l'angle, coupez le bord au rouleau. Piquez le fond à la fourchette. Remettez au frais pendant que le four monte à 200 °C, la plaque en métal posée sur la grille du bas.
- Peler et ranger les pommes. Pelez les pommes, coupez-les en quartiers, retirez le cœur, puis taillez des lamelles de 3 à 4 mm. Poudrez le fond de chapelure ou de poudre d'amandes si vous en mettez. Rangez les lamelles serrées en rosace, en partant du bord, chaque lamelle chevauchant la précédente. Sucrez, parsemez de beurre en morceaux.
- Cuire en bas, sur la plaque chaude. Sortez la plaque, posez le moule dessus, remettez le tout sur la grille du bas. Comptez 30 minutes : le bord doit être doré franc, les pommes souples et colorées sur les arêtes. Jetez la cuillère de sucre réservée sur les pommes et poursuivez 5 minutes. Soulevez la tarte avec une spatule : le dessous doit être doré, sans zone blanche.
- Abricoter et démouler tiède. Sur la tarte encore chaude, passez au pinceau la confiture d'abricot chauffée avec une cuillère d'eau. Laissez reposer 15 minutes sur une grille, puis démoulez ; une tarte démoulée brûlante casse, une tarte laissée dans son moule ramollit.
Avant de commencer
Une tarte aux pommes sur pâte brisée de ménage tient en trois choses : une pâte au beurre détrempée sans être travaillée, des pommes qui se tiennent à la cuisson, et un four assez chaud sous le moule pour que le fond colore avant que les fruits ne rendent leur eau. Cette page donne les proportions d'origine, la variété de pomme qui convient, et pourquoi le fond reste sec.
Quelle pâte pour une tarte aux pommes
La réponse dépend de ce que vous voulez manger. Trois pâtes existent, et elles ne font pas la même tarte.
- La pâte brisée : farine, beurre, sel, eau, rien d'autre. Elle croque, elle se tient, elle boit peu le jus des fruits. C'est la pâte de la tarte de ménage, celle qui se fait à la main en quelques minutes.
- La pâte feuilletée : des feuillets de beurre et de farine, six tours, une heure de travail ou un rouleau du commerce. Elle gonfle, elle s'effeuille, et elle se détrempe vite sous des pommes juteuses ; elle convient à une tarte fine, cuite fort et mangée dans l'heure.
- La pâte sablée : beurre, sucre, jaune d'œuf, farine. Friable, sucrée, fragile au démoulage, elle est faite pour une tarte que vous garnissez après cuisson, pas pour porter un kilo de fruits crus au four.
Pour une tarte de ménage, en pommes crues rangées en lamelles, la brisée gagne. Auguste Escoffier, dans Le Guide culinaire de 1903, l'appelle pâte à foncer ordinaire et ne lui donne que quatre ingrédients ; c'est cette recette que suit la fiche ci-dessous.
Les proportions d'Escoffier, et pourquoi elles marchent
Escoffier écrit, pour la pâte à foncer ordinaire : 500 g de farine tamisée, 250 g de beurre, 10 g de sel et 2 décilitres d'eau. Le geste tient en trois lignes : « Étaler la farine en couronne ; mettre au milieu le sel, l'eau et le beurre, bien manié ; détremper en incorporant la farine petit à petit, et pétrir un instant. Fraiser deux fois ; rassembler la pâte en boule ; la tenir ensuite enfermée dans un linge et au frais, en attendant son emploi. »
Deux mots à traduire. « Beurre bien manié » veut dire beurre assoupli, écrasé à la main ou au rouleau jusqu'à ce qu'il ait la consistance d'une pommade, sans fondre. « Fraiser » veut dire écraser la pâte sous la paume, par petites portions, en la poussant devant soi sur le plan de travail, puis la ramasser ; deux fois, pas dix. Ces deux gestes sont toute la recette de pâte brisée maison : ils répartissent le beurre dans la farine sans le mélanger complètement, et c'est ce beurre en petits amas qui donne une pâte qui croque au lieu d'une pâte qui durcit.
La moitié de la recette d'Escoffier, 250 g de farine et 125 g de beurre, suffit à foncer un moule de 26 à 28 cm ; c'est la quantité de la fiche. Sur l'eau, Escoffier donne 2 décilitres pour 500 g, soit 10 cl pour la moitié : c'est un maximum, à verser peu à peu et à arrêter dès que la pâte se rassemble. Sur le sel, ses 10 g pour 500 g sont ceux d'une pâte de cuisine, pour un pâté ou une quiche ; pour une tarte sucrée, une bonne pincée dans la moitié de recette suffit. Ces deux ajustements sont les miens, non pesés pour cette page.
Le beurre, lui, ne se discute pas. Un beurre porte au moins 82 % de matière grasse et 16 % d'eau au plus, d'après la réglementation française et européenne ; un beurre allégé apporte de l'eau à la place du gras, et l'eau fait du gluten, donc une pâte élastique qui se rétracte au four.

Reinettes : la pomme qui tient au four
Une pomme pour tarte doit faire deux choses contradictoires : fondre sous la dent et garder sa forme en lamelle. Les reinettes le font. Le mot désigne une famille ancienne, attestée en français dès 1540, à la chair ferme, l'acidité nette et le parfum qui résiste à la chaleur.
Quatre reinettes se trouvent sur un étal de Touraine ou dans un verger du Val de Loire, chacune à sa saison :
- La reine des reinettes, la première : chair fine, juteuse, croquante, acidulée, goût de noix ; elle tient sa forme à la cuisson.
- La reinette grise du Canada, la rustique : peau couleur cannelle, chair juteuse, sucrée et acidulée. Interfel la compte pour 3 % de la production française, loin derrière la Golden (35 %), la Gala (16 %) et la Granny Smith (12 %), mais c'est la reinette la plus facile à trouver en grande surface. Sa cousine blanche, à peau vert jaune, se défait à la cuisson : pas pour une tarte en lamelles.
- La reinette du Mans, la voisine : née dans la Sarthe au début du XIXe siècle, chair ferme qui devient fondante en mûrissant, parfum de vanille ; elle se garde jusqu'au printemps.
- La belle de Boskoop, la tardive : hollandaise de 1856, grise ombrée de rouge, ferme, acidulée, elle résiste bien à la cuisson ; récoltée vers la mi-octobre, elle se mange de novembre à mars.
Le Val de Loire est l'un des trois bassins de la pomme française avec le Sud-Ouest et la Provence, d'après l'Association nationale pommes poires, qui annonçait près de 1,5 million de tonnes pour la récolte 2025, troisième rang européen derrière la Pologne et l'Italie. Sur un marché de Touraine, la reine des reinettes arrive avec le raisin ; le marché de Loches en septembre raconte cette bascule, et le calendrier des fruits et légumes de saison explique comment les pommes de garde tiennent l'hiver au froid. À la maison, une pomme se garde sept à huit jours à l'air ambiant d'après Interfel ; pour une tarte, une pomme qui a un peu attendu est plus sucrée et moins gorgée d'eau qu'une pomme du jour.
Le fond coloré avant les fruits
Le défaut de la tarte aux pommes de ménage n'est jamais le dessus, c'est le dessous : un fond blanc, mou, qui colle au moule. La cause tient à l'ordre des cuissons. Les pommes crues rendent leur eau dès que la chaleur les atteint, vers 100 °C ; si à ce moment la pâte n'a pas encore commencé à cuire, l'eau la traverse et la détrempe. Le fond doit donc prendre de l'avance.
Trois moyens existent, du plus simple au plus sûr. Enfourner le moule tout en bas du four, sur une plaque en métal préchauffée avec lui : le métal transmet la chaleur au fond du moule dès la première minute, pendant que le dessus chauffe plus lentement. Poudrer le fond d'une cuillère de chapelure ou de poudre d'amandes avant de ranger les pommes : la poudre boit le premier jus. Ou cuire le fond à blanc, à 200 °C, dix minutes sous un lest de haricots secs (le Livre de cuisine de Wikibooks donne les dix minutes à 200 °C), avant de garnir ; c'est la méthode des pâtissiers, et la plus longue. La fiche retient la première : un moule en tôle, une plaque chaude, la grille du bas.
Faire briller et conserver
Une tarte qui brille a été nappée. Le geste classique s'appelle abricoter : passer au pinceau, sur la tarte tiède, de la confiture d'abricot chauffée avec une cuillère d'eau et passée au tamis. Un simple sucre en poudre jeté sur les pommes cinq minutes avant la fin donne aussi une surface luisante, sans abricot, par caramélisation.
La tarte se mange le jour même, tiède ou froide, ou le lendemain, sous un torchon, à l'air ambiant. Au réfrigérateur, la pâte ramollit et le beurre fige ; passée plus d'un jour, un retour de dix minutes au four doux rend au fond son croquant. Ces temps sont ceux du bon sens de brigade, non mesurés pour cette page. Les cuissons douces au lait et à l'œuf, elles, vivent à la page des desserts d'enfance oubliés.

Pourquoi ça marche
La pâte brisée est une pâte où le beurre reste en petits amas entre les grains de farine, au lieu de s'y fondre. À l'eau, seule la farine non enrobée de beurre forme du gluten, ce réseau élastique qui donne le pain ; le reste s'imperméabilise. Au four, le beurre fond, l'eau qu'il contient se vaporise et ouvre de fines cavités, l'amidon de la farine gélifie puis sèche : la pâte croque. Un pétrissage trop long, un beurre fondu ou une eau trop abondante font au contraire un réseau de gluten continu, une pâte qui se rétracte et durcit. D'où les consignes d'Escoffier : pétrir un instant, fraiser deux fois, tenir au frais.
Le fond colore avant les fruits parce que la plaque chaude porte le dessous du moule à la température du four dès l'enfournement, tandis que les pommes, elles, restent longtemps sous 100 °C, le temps que leur eau chauffe. Le fond commence donc à sécher et à brunir, par la réaction de Maillard, pendant que les pommes n'ont pas encore rendu. Quand le jus arrive, il rencontre une pâte déjà prise, qui ne le boit plus. Les reinettes aident dans le même sens : leur chair ferme et acide garde ses parois cellulaires intactes plus longtemps qu'une Golden, elle rend son eau plus tard et en moindre quantité, et les lamelles restent dessinées. Le sucre jeté en fin de cuisson caramélise en surface, à partir de 160 °C pour le saccharose, sans avoir eu le temps de tirer le jus des fruits.
Source : proportions et geste de la pâte à foncer ordinaire et de la pâte à foncer fine d'après Auguste Escoffier, Le Guide culinaire, 1903 ; quantités divisées par deux et adaptées à un moule de 26 à 28 cm et six parts, sel et eau ajustés pour une tarte sucrée, non pesées pour cette page. Températures et temps de cuisson à blanc et de tarte d'après le Livre de cuisine de Wikibooks, consulté le 3 septembre 2026, et adaptés à la cuisson sur plaque chaude ; aucune mesure prise en cuisine pour cette page. Variétés, parts de production et conservation de la pomme d'après Interfel, fiche pomme, consultée le 3 septembre 2026 ; production 2025, bassins et rang européen d'après l'Association nationale pommes poires, chiffres clés, consultés le 3 septembre 2026 ; histoire des reinettes et fiches de variétés d'après les articles Reinette, Reinette du Canada, Reinette du Mans et Belle de Boskoop de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, consultés le 3 septembre 2026 ; composition du beurre d'après la réglementation française et européenne citée par le même ouvrage ; températures de caramélisation et de brunissement d'après ses articles Caramélisation et Réaction de Maillard.




